Vous êtes ici

Kill Kill Kill (Fuzz Club Records) // Par Julien Marty
Noire.
Amère.
Le goût du sang dans la bouche. La douleur comme seul refuge. Une colère sourde se niche au creux de mon ventre. Douillettement installée, elle se prépare religieusement à rugir. La moindre étincelle est….Boom.

Dehors, sur un macadam détrempé, dans une ville anonyme et saturée de lumière, tu déambules à l’affût de l’affront.
Kill Kill Kill des Islandais de Singapore Sling ne quitte pas tes pensées. Tu fredonnes à contre-temps le lymphatique Bop Bop Boo, sorte de course psychédélique effrenée, sourde et brouillonne. Lorsque les notes névrotiques et répétitives de Scum Scum Scum résonnent, c’est la bande originale d’un monde au bord du gouffre que tu entends. Presque sixties, murmures et piano désaccordé habitent ta folie destructrice. Toutes les cordes sont tendues. Écoute le craquement des liens qui t’étreignent. Ressent la brûlure sur tes chairs.

La haine te consume. Tu es en flamme.

Moment de répit avant la tempête, l’instrumentale Nothing Theme sur un rythme martial semble à bout de souffle et désarticulé par cette trompette en sourdine et la guimbarde. Voix d’outre-tombe ultra profonde, grave psalmodiée, piano dégingandé, brinquebalant, guitares grasses et lentes, Singapore Sling nous livre un disque habité par une certaine idée de la fin du monde.