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Other Man’s Blues (Empty Cellar) // par Marlene Tissot
Il y a des journées, comme ça. On se rejoue tant bien que mal le bruit des vagues, les pieds dans une bassine de flotte, sur le balcon étriqué, troisième étage, vue sur rien. On étirerait volontiers l’été comme un élastique. Prolonger le farniente, le soleil, les soirées sous les étoiles, d’un coup de baguette magique. Il y a des journées comme ça, on parvient presque à y croire, surtout quand Magic Trick débarque pile dans le dernier virage d’août avec un nouvel opus soyeux.

On t’en a déjà parlé sur Casbah dans la playlist # 4 La vague. Faut dire que le prolifique Tim Cohen (qu’on retrouve dans pas mal d’autres formations dont les Fresh and Only’s et Black Fiction) sait s’y prendre pour nous chatouiller la boîte à rêver. Avec "Other Man’s Blues", il prouve une fois de plus l’étendue de sa créativité. Tout en sobriété. Rien de tape à l’œil, ici. Rien d’outrageusement expérimental. Mais pas rien de neuf, ça non ! A commencer par la manière dont a été conçu cet album : Cohen se re-pointe un beau matin à San Francisco avec en poche un carnet débordant de compositions. Paroles et accords principaux pour divers instruments y sont notés en différents codes couleurs. Il invite une belle brochette de potes musiciens à passer une semaine en studio avec lui pour donner vie aux dix titres qui forment l’album. Inutile de préciser que l’ensemble fait la part belle à l’impro !

Les fans des Fresh and Only’s pourront éventuellement regretter le côté pas du tout lo-fi de ce "Other Man’s Blues". Mais c’est pour mieux te tromper, mon enfant ! Parce que, je t’assure, l’aspect léché n’enlève rien au foutraque gracieux de cet ensemble. Mélange organique de folk-mais-pas-trop, de pop-doucement-électrique, de bon vieux RnR un poil bluesy, le tout à des dosages variés selon les titres, et poudré d’un savant mélange de mélancolie joyeuse. On pense parfois aux Smiths (I Held The Ring), à Lou Barlow (More) ou à d’autres. On pense surtout qu’il y a des jours comme ça où l’été pourrait durer toujours. Oui oui, un Eternal Summer ! D’ailleurs ce titre, qui n’est pas forcément le plus remarquable de l’album, est probablement mon favori. Va savoir pourquoi. Peut-être la langueur particulièrement sensuelle, les solos de guitare aux effluves seventies, la voix de Cohen, entre suave et rauque, délicatement doublée de voix féminines…

Bref, m’en veux pas si je monte le volume et que je retourne patauger dans une flaque de vacances musicales. Essaie, tu verras, c’est bon pour échapper au train-train et prolonger l’été, l’air de rien, d’un coup de magie.

En écoute ici :
https://emptycellarrecords.bandcamp.com/album/other-mans-blues
https://soundcloud.com/emptycellarrecords/tracks