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Dandy-punk et artiste multi-facettes // Par Marlène Tissot
Billy Childish, c’est ce british à la moustache classieuse et au look dandy-punk, injustement méconnu de ce côté-ci de la Manche. Il mérite pourtant amplement qu’on s’intéresse à son univers tentaculaire. Parce que si le bonhomme sévit dans le domaine musical, il est également un peintre hyper productif, un photographe, un romancier à la plume acérée et un magnifique poète douée de dyslexie (ses bouquins sont publiés – par choix de sa part – avec l’intégralité de ses fautes). Accepter ses travers autant que ses qualités, faire le choix d’une imperfection assumée : ça ressemble presque à de l’insurrection dans le monde d’aujourd’hui. Et moi, ça me touche, ce genre de détail. Ras le bol du lisse, du calibré, du bien propre sur soi. Il est temps de ressortir la râpe à conformisme !
 
Côté musique (oui, parce que c’est là qu’on va braquer le projo aujourd’hui, mais rien ne t’empêche de découvrir le reste, hein ! Vas-y, tu verras, la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut) côté musique donc, Billy Childish trempe sa créativité dans les notes dès la fin des seventies en devenant lead-singer du groupe The Pop Rivets, en pleine explosion du mouvement punk anglais. Il rejoint ensuite les Thee Milkshakes en tant que guitariste-chanteur avec, cette fois, un univers purement garage. Lorsqu’en 85 les Milkshakes splittent (gare aux éclaboussures) Childish fonde Thee Mighty Caesars avec deux potes et mélange le son garage à la disto punk pour un résultat délicieusement cradingue. En cinq ans, ils sortiront neuf albums. Rien que ça ! Et lorsque l’aventure s’achève, Billy remet le couvert en donnant naissance à une nouvelle formation : Thee Headcoats, dans laquelle il renoue avec le rock garage minimaliste parfois teinté d’une pointe de blues ou de folk. Toujours aussi prolifique, il accouchera avec ce groupe de 14 albums en dix ans. Thee Headcoats s’éteint en 2000 mais Childish est loin d’avoir dit son dernier mot et continue de se produire sur scène, enchaîne les projets solo et les apparitions au sein de divers groupes, touchant aussi bien au punk qu’au folk, empoignant au passage rock’n roll, surf, garage ou spoken word.
Parmi ses plus récentes productions, on peut citer l’album Great Big Flamingo Burning Moon de The Wave Pictures qu’il a produit et sur lequel il joue et co-écrit la plupart des titres, avec un son gratté jusqu’à l’os, sale et pure à la fois (D’ailleurs, il faudra que je te parle de The Wave Pictures, un de ces jours…)
 
Pour te donner la mesure du personnage, je pourrais te dire qu’il pèse plus de cinquante recueils de poésie (sans compter les fanzines et ouvrages de jeunesse), une dizaine de romans et fictions, environ cent vingt albums, des toiles et expos à la pelle, … mais ce serait forcément un mauvais résumé. Et tu sais aussi bien que moi que les chiffres sont inutiles : ce qui compte vraiment ne se compte pas !
Alors voilà, Billy Childish c’est juste ce gars qui revendique sa totale liberté créative, ses propos explicites, sa dyslexie, sa production plus que prolifique, son choix de l’amateurisme mais jamais au détriment de la qualité, son expression brute d’émotions et ses concerts à taille humaine. On pourrait dire qu’il est l’artiste ultime à hauteur d’homme, du genre avec un vrai cœur qui bat à l’intérieur.

© Billy Childish 2014